Quinoa d'Anjou, une filière prometteuse pour faire avancer le sans gluten !


Les alternatives aux céréales contenant du gluten sont multiples et diverses mais ils est très difficile d'en trouver exempt de contaminations croisées.

 

Cela commence à la source où les agriculteurs peuvent partager les outils de production (batteuses, moissonneuse) entre les récoltes de blé et de sarrasin par exemple. Les cultures tournant d'un champs à l'autre et le stockage partagé sont tant d'autres cause de contaminations croisées. Les industriels ne sont pas non plus en reste. Une usine qui traite diverses céréales, légumineuses et graines dépourvues de gluten et sans risque de contamination au niveau de leur production avec des céréales contenant du gluten n'aura pas dans l'esprit cette possibilité de contamination par des allergènes.


Mais il n'est pas facile de sensibiliser sur l'importance de chaînes de production/ confection/ distribution dédiées à des produits consommables au final autant par les personnes malades que par les autres. Pourtant, c'est avec des projets comme celui que nous vous présentons maintenant que les choses pourront avancer dans cette direction. Voici donc l'interview de Jason Abott, initiateur du projet "Quinoa d'Anjou" réalisé par l'association.



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Une petite présentation du projet et de vous ? 


Jason Abbott, sa femme et sa fille se sont installés en Anjou pour faire pousser du quinoa et des asperges. A première vu cela peut sembler étonnant pour cette famille venue du Tennessee mais les apparences cachent pourtant de bonnes raisons.

 

 

Comment est venue l’idée de créer une filière de quinoa en Anjou, et qui plus est sans gluten ?


Pour comprendre il faut mentionner l’intolérance au gluten de leur fille, Lula Jane. En apprenant cela la famille a donc suivi le régime sans gluten mais en un an, leur fille est passée de l’intolérance au gluten à la limite du diabète du fait des changements d’alimentation qu’induit ce régime. Il est maintenant prouvé que les produits industriels sans gluten sont souvent plus riche en graisse mais surtout en amidon, un sucre rapide qui en trop grande quantité n’est pas sans effet sur la santé. Mais ce ne sont pas seulement ces produits industriels qui sont en cause, car la farine de riz blanche et de de maïs, et l’utilisation de fécule (amidon pur) est bien plus importante dans la cuisine sans gluten du fait du peu d’autre variété disponible et du besoin de remplacer les propriétés émulsifiante, liante et « gonflante » du gluten. L’inconvénient de cela tient en la teneur en sucre rapide importante de ces éléments sous forme d’amidon essentiellement. C’est donc au bout d’un an de régime que la famille a été mise face à un nouveau dilemme, trouver des graines complètes sans gluten. Après avoir été conseillés par une nutritionniste leur confirmant qu’ils ne pourraient pas trouver de quoi nourrir leur fille dans les produits industriels, ils ont pu découvrir une multitude d’alternatives comme le millet, l’amarante, le sarrasin ou encore le quinoa !


Par ailleurs (et surement par chance) Jason Abbott, ingénieur agronome, avait passé auparavant quelques temps ou Pérou pour observer les cultures traditionnelles d’asperges et du même temps celles de quinoa et les reproduire en Anjou, une terre d’accueil favorable à leur croissance. C’est entre autre parce que la question de la contamination par le gluten de la petite graine andine posait un réel problème que la famille a débuté en 2009, à côté d’une culture d’asperge, une culture en coopérative de quinoa mais sans traces de gluten !

 

 

Ce projet a-t-il été difficile à mener à bien ? Quels ont été vos difficultés ? Vos bonnes rencontres ?


Le projet du quinoa en lui-même n’a pas été trop problématique pour Jason. Il a trouvé en Anjou une coopérative d’agriculteurs près à s’engager avec lui dans la culture de cette petite graine. Une trentaine en tout se sont joint à lui dans la Coopérative Agricole du Pays de Loire (CAPL). Mais c’est bien sur la partie du gluten, encore et toujours, que les choses ont un peu bloquées. Par « chance » pour ce projet le silo à grain de l’exploitation était condamné et devait donc de toute façon être réhabillité. Au final la coopérative a engagé près d’ 1 million d’euro pour cette opération. Jason avoue que ce projet n’aurais peut-être pas vu le jour si les premières estimations de financement avaenit été plus proches du coup final. En effet, des dépenses supplémentaires se sont peu à peu ajoutées pour parvenir à produire un quinoa exempt de traces de gluten. Mais il admet aussi que si lui et sa famille n’avaient pas été affecté par ce problème, ce projet n’aurait certainement pas été mené à bien entièrement.


Il m’explique ainsi ce que nous reconnaissons tous : cette problématique du gluten est difficile à percevoir pour les personnes non affectées par la maladie. Nous ajouterons que les paramètres de la contamination croisée qui ne sont pas toujours évidents à cerner font partie intégrante de la problématique. « Comme les gens ne vivent pas avec la maladie [cœliaque] ils ont du mal à comprendre et c’est toujours difficile pour moi de les garder dans cette voie du sans gluten » me confit-il.


Mais il me dit aussi que la coopérative a eu très peur de mentionner « sans gluten » sur leurs emballages malgré tout un processus minutieusement contrôlé et des tests de présence éventuelle de gluten sur chaque lot. Nous avons longuement échangé sur ce sujet très intéressant. Les industriels ont toujours peur du procès, d’après Jason, car le risque zéro n’existe pas. C’est d’autant plus vrai quand l’entreprise est petite, et c’est pourtant par « le bas » que les choses pourront bouger. Il est vrai que l’on critique souvent un étiquetage pas assez précis ou avec de fausses allégations « sans gluten » alors que les normes ne sont pas respecter. Mais on déplore moins, ce qui est quelque part regrettable, l’utilisation abusive de la mention « peut contenir des traces » sur des produits qui, si l’on étudie leur processus de production, n’a pas raison d’être.


Cette peur du litige est selon Jason un des premiers freins aux possibles investissements dans ce secteur et dans la sécurisation de certains produits actuellement sur le marché. « Je pense qu’il y a de nombreux produits sur lesquels les industriels pourraient faire ne serait-ce qu’un tout petit peu plus d’effort et avec cela ils réduiraient énormément les risques de contamination ». Et de continuer avec un grand enthousiasme : « Cela peut être très sécurisé, avec peu d’effort on peut facilement atteindre les 99,99 % (de sûreté) ». Ce serait aussi une explication sur l’utilisation massive de la mention « peut contenir des traces de » d’après lui car les industriels préfèrerait mettre celle-ci sur leurs emballages plutôt que d’investir dans la protection contre les allergènes. Nul doute que nous partageons tout à fait son analyse. C’est aussi pour cela que nous pensons qu’une aide financières et d’accompagnement fournit par une association aux TPE ou PME qui souhaiteraient se lancer dans cette aventure permettrait peut-être à ces projets de voir le jour !

 

 

Quels sont vos projets à moyen terme avec cette coopérative ?


Bien que cette année soit l’année internationale du quinoa, la coopérative et Jason ont d’autres projets de cultures qui devraient bientôt débuter. Jason évoque entre autre la lentille et le sarrasin. Mais reste encore à savoir si ces dernières seront tenues en « sans gluten ». Peut-être sera-t-il nécessaire d’appuyer avec un peu d’insistance dans cette direction…

 

 

Le cri du cœur du producteur aux industriels et aux agriculteurs :


«Il ne faut quand même pas se laisser paralyser par la peur du litige sinon les personnes malades n’auront jamais de quoi manger ! Même si quelques efforts sont nécessaires, je pense qu’ils méritent d’être fait bien que le risque zéro n’existe pas. On peut faire en sorte qu’il soit extrêmement faible et les personnes concernées savent bien qu’il y aura toujours un risque sauf que celui-là sera infime. »

 


 
Quels sont les procédés de la Coopérative Agricole des Pays de Loire pour cultiver le quinoa et le conditionner en le certifiant sans gluten ?


Pour cette partie plus technique, nous avons contacté Anne Delanoë du service de qualité de la CAPL . Nous avons pu prendre la mesure de l’intérêt et surtout du soin apporté à cette production spécifique qu’est le « sans gluten » même si le terme d’incertitude quant aux possibilités d’infimes contaminations est revenu plusieurs fois dans la conversation (signe d’une conscience au final rassurante pour les malades !).


Pour commencer une production dédiée au sans gluten il faut bien entendu la base : des producteurs informés des problématiques que cela pose et du matériel « propre ». C’est au niveau de la coopérative que tout cela a été mis en place en commençant par la réhabilitation d’un silo à grain ayant déjà servi à d’autres productions céréalières. Pour cela, la coopérative à fait appel à une société spécialisée dans la décontamination d’allergènes. Pendant plus de 2 mois l’équipes de spécialistes s’est attaquée à cette colossale mais nécessaire tâche pour retirer poussières et petits grains coincés de-ci de-là. Puis la CAPL a procédé à des tests de contact au niveau de la chaîne de manutention et du silo afin de vérifier l’absence de gluten. Et pour parfaire le tout, un « rinçage » au maïs de tout le circuit a été réaliser pour en tester la fiabilité avec plusieurs test de détection, toujours dans l’optique de parvenir à une chaîne la plus propre de gluten possible. La sensibilisation faite auprès des agriculteurs est aussi un des points importants de ce projet. L’accent est mis sur le nettoyage des batteuses notamment, point stratégique de contact possible avec du gluten. Du côté des bennes misent à la disposition des agriculteurs par la coopérative pour la récolte du quinoa, elles sont soigneusement nettoyées pour en enlever les possibles traces de gluten. On imagine que ce projet ne s’est donc pas fait en un jour tout comme Rome et que même Hercule fait pâle figure avec ces 12 travaux ! 


Tous les tests réalisés par la coopérative sont effectués avec des tests « bandelettes » rapides ELISA détectant le gluten à partir de 5 ppm. Mme Delanoë insiste sur le fait que cette ne soit pas « officielle » (20 ppm) et de ce fait la limite de la détection est celle de l’échantillon, précisant qu’il y aura toujours un risque de contamination à un endroit qui ne se retrouvera pas dans le reste de la production testé.


Mais ne croyez pas que cela s’arrête là…


Après la récolte du quinoa, chaque benne de collecte est testée à son arrivé dans le circuit de stockage AVANT le déchargement. Pour les bennes qui passent cette première épreuve avec succès, elles subissent un nouveau test échantillon APRES le déchargement. Si cependant celles-ci présentent un taux de gluten supérieur à 5 ppm, elle sont immédiatement isolées et traitées dans un circuit à part car il est encore possible pour la coopérative d’éliminer ces traces au moment du brossage et du nettoyage. Cette production à risque est ensuite à nouveau testée pour déterminer si elle peut ou non rejoindre le reste du circuit dédié au « sans gluten » ou si elle sera utilisée pour le marché « normal ».


Une fois toute la production « sans gluten » déchargée dans le circuit de conditionnement, elle est brossée et rincée puis séchée et stockée dans une cellule prévue à cet effet. Là encore la prudence est de mise. Plusieurs tests sont réalisés sur cette cellule tandis que celle-ci est régulièrement tournée afin de faire un test « moyenne » au plus d'endroit possible. Cela consiste à faire plusieurs tests puis d'en déterminer le taux moyen. Si celui-ci est trop haut, la production de la cellule est écartée (ce qui doit être très rare). Après cette phase, la production est ensachée dans des « big bag » de stockage avec un nouveau test « moyenne » de chaque sac avant d’attendre patiemment... les derniers tests !


En effet, c’est avec la dernière étape avant le conditionnement des sachets destinés aux consommateurs que le quinoa subit son dernier test « moyenne ». Les big bag sont de nouveau tous testés puis dirigés vers l’ensachage définitif.


« On essaie d'avoir une maitrise au maximum sur l'absence de gluten sur le réseau »


Cette démultiplication des tests est pour Anne Delanoë une nécessité pour se prémunir au maximum des risques de contaminations mais insiste bien sur le fait que ceux-ci peuvent subsister. Nous avons pu constater avec cet entretien que Jason était dans le vrai quant aux peurs (judiciaires) rencontrés par ses partenaires et par les producteurs en général. Cependant notre entretient avec Anne Delanoë nous a aussi montré qu'avec une bonne sensibilisation, n'importe qui peut toucher du doigt l'éxigence que demande une production sans gluten sans pour autant être essentiellement motivée par les peurs de lititges. Toutes les personnes avec qui nous avons pu entrer en contact nous ont impressionnées par leurs connaissances du sujet et leur volonté de faire "bien".


Comme nous l’évoquions plus tôt, la coopérative projette un partage du silo dédié avec du sarrasin, du millet et des lentilles mais n’a pas encore de vue en ce qui concerne la mise en place du même process "sans gluten" que le quinoa car le coût est tout de même conséquent. Ils ne subiront donc pas pour l’instant le même traitement « de faveur » que le quinoa.


"Il faut bien commencer par un début",conclut-elle.

 

Malgré les craintes de poursuites judiciaires et l’investissement conséquent qu’induit une telle production dédiée au « sans gluten », ce projet a tout de même vu le jour, preuve qu’avec des gens consciencieux et des personnes concernées un peu insistantes, on peut faire bouger les montagnes (Andines !) jusqu’à notre petit pays et peut être un jour avoir un large choix de produits sans gluten !


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L'association JCIGF soutient ce projet et suivra son évolution dans le temps en gardant contact avec les différents membres qui ont pu nous informer tout au long de cette petite investigation. 

N'hésitez pas à aller voir le site de la Coopérative sur le quinoa. Vous pourrez y acheter en ligne des paquets de quinoa de 350 g : Quinoa d'Anjou.fr

Vous trouverez sur cette page les différents points de ventes à ce jour recensés : Points de vente du Quinoa d'Anjou



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